Ce matin en me réveillant j’ai ressenti une étrange impression de liberté. Qu’avais-je rêvé ? Je ne sais. Mais je réalisais soudain que j’étais prisonnière depuis des années de mon désir de m’exprimer par la peinture. Mon insatisfaction allait grandissant et avec elle mon inconfort moral. On le sait la peinture est exigeante, dévorante, envahissante, cela pour seulement parfois quelques miettes de bonheur. Faut-il être masochiste pour peindre ?
Cela couvait depuis quelques mois. Toutes mes tentatives de maîtriser cet art, que j’aime malgré tout, mais vais-je finir par le haïr ? Toutes ces tentatives du genre "je t'aime, moi non plus" se terminaient donc depuis quelque temps par un grand barbouillage final plein de douleur et d’angoisse, tant dans les couleurs que dans le geste. Et toujours j’y revenais, sans y croire, emplie de stress, guidée par je ne sais quelles chaines que j'ai moi-même fabriquées.
Ce matin j’ai décider d’arrêter, pour six mois, un an, dix ans je ne sais pas. J’ai toujours eu des périodes de jachère, nécessaires à ma santé mentale. Je crois qu’il est temps. Il y a tant d’autres manières de s’exprimer, pour moi par exemple les mots, la photo. Je me sens soulagée. Je peux accepter d’accoucher dans la douleur, si le résultat en vaut la peine, mais pour le moment je ne trouve pas. L’équilibre souffrance/satisfaction est trop instable dans mon cas. Je peux écrire des heures, travailler mes photos des heures durant, je me sens bien pendant ce temps là.
Quand je peins, je sens mon corps souffrir. J’y vais à reculons, j’appréhende, je me mets en tenue pour me mettre en condition, je tourne en rond, j'hésite. Le doute me ronge et je termine souvent au tapis, avec le sentiment d’avoir perdu non seulement mon temps et une bataille, mais un bout de moi. Je ne sais pourquoi cette lucidité me tombe dessus ce matin. Ni pourquoi je viens l’écrire sur ce forum comme un testament. Sans doute ai-je besoin que ce soit lu pour m'y tenir. Ce n’est pas une question, ce n’est pas non plus une réponse, ce n’est pas un appel. Juste un cri de cœur qui demande à sortir.
Que ceci ne décourage pas ceux qui sont vraiment faits pour la peinture, ce ne doit pas être mon cas. Je me sens comme handicapée de quelque chose sans savoir de quoi, quelque chose qui se situe entre moi et ma toile et qui m’empêche, malgré mon désir de le faire, de m’exprimer par ce biais. Je renonce donc en ce premier matin neigeux de février. Et vive ma liberté…